Catégorie : 1er degré

 

Salaire des enseignants : Quelle évolution depuis 20 ans ?

La question de l’évolution des salaires des enseignants revient régulièrement comme sujet de préoccupation.

Un ouvrage scientifique vient de sortir pour nous éclairer sur la question. Bernard Schwengler a fait un état des lieux très détaillé et particulièrement intéressant de l’évolution des salaires des enseignants depuis les années 2000.

Les alertes envoyées par les syndicats et notamment par la CFTC-EPR sur la baisse continue des salaires enseignants depuis plusieurs dizaines d’années se vérifient malheureusement à travers les tableaux publiés par ce chercheur et notamment celui ci-dessous :

Tableau sur l’évolution des salaires de décembre 2000 à décembre 2018 (en%) à différents niveaux d’ancienneté. Source (Bernard Schwengler, Salaire des enseignants, la chute, éd L’Harmattan).

 

Ière année d’enseignement

10e année

Fin de carrière

(CN)

Fin de carrière

(HC)

PU

-18,00%

-14,00%

-17,00%

-17,00%

MCF

-17,00%

-16,00%

-17,00%

-18,00%

PA

-11,00%

-16,00%

-17,00%

-17,00%

PCGPE

ND

-16,00%

-15,00%

-16,00%

PRC

-5,00%

-16,00%

-16,00%

-16,00%

PLP

-5,00%

-16,00%

-16,00%

-16,00%

PE

2,00%

-12,00%

-14,00%

-14,00%

CN = Classe normale. HC= Hors classe. PU : Professeur des universités. MCF =Maître de conférences. PCGPE = Professeur agrégé en classes préparatoires aux grandes écoles. PA = Professeur agrégé. PRC= Professeur certifié. PLP = Professeur des lycées professionnels. PE = Professeur des écoles.

La baisse des salaires est d’environ 1% par an sauf pour les enseignants en début de carrière grâce à des mesures de revalorisation mais qui n’ont pas stoppé cette baisse. Cette baisse tendancielle s’est accélérée à partir des années 2000 et s’est généralisée à tous les corps enseignants.

Ce rythme de baisse d’1% est soutenu et nécessite donc des mesures de compensation d’urgence comme le demande la CFTC-EPR depuis plusieurs années (Dégel du point d’indices, hausse des primes, révision de la loi sur les retraites…)

Pour un bâti scolaire adapté pour tous…

Lors de ses différentes visites dans les établissements scolaires, la CFTC-EPR est souvent interpellée sur le sujet cuisant brûlant du bâti scolaire.

Les constats ainsi effectués vont souvent au-delà de l’acceptable !

Si un effort indéniable est constaté dans le secondaire, il en est autrement dans les établissements du premier degré. En effet, aucun établissement du primaire n’a droit aux mêmes équipements, aux mêmes structures, aux mêmes atouts, au même respect.

D’une école à une autre, d’une commune à une autre, d’une région à une autre, la disparité des équipements et des structures est impressionnante.

Aussi, certaines écoles font peur !

Et les exemples sont nombreux : bâti vétuste, délabré, murs sales, toilettes absentes ou en quantité insuffisante, manque de salles, nombre d’élèves important dans de petites salles de classes… L’entretien de ces écoles n’est pas effectué, par manque de moyens nous dit-on.

Pour la CFTC-EPR, cela est davantage par manque de volonté…

Certaines écoles sont fleuries, accueillantes, disposent d’équipements de qualités, d’infrastructures adaptées au besoin des élèves et du personnel.

Mais nombreuses encore sont les écoles où il n’y a pas de toilettes pour les enseignants, pas de salle de réunion, pas de BCD, pas de salle informatique, pas de système de ventilation, pas d’infirmerie, pas de salle de motricité en maternelle, pas de dortoir digne de ce nom (nombreuses sont les maternelles où les élèves dorment au sol l’après-midi dans la salle de classe), pas de bureau pour la direction d’école, pas de bureau pour le secrétariat, pas de salle des archives, pas de climatisation indispensable dans le sud de la France ou outre-mer…

Et pourtant les dotations sont souvent là ! Mais la volonté politique actuelle du ministère de mettre l’accent sur le premier degré n’est pas la priorité de tous !

Alors que faire ?

Comment obliger nos décideurs et responsables à effectuer leur part du marché ?

Ne peut-on mettre en place une autre organisation pour que toutes les écoles soient logées à la même enseigne et que tous les élèves de la République puissent bénéficier d’un accueil digne de ce nom à l’école.

La CFTC-EPR ne cesse de le rappeler dans toutes les instances où elle est présente : la révision du bâti scolaire est urgente dans les écoles et doit devenir la priorité de toutes les communes.

Pour la CFTC-EPR, chaque école doit disposer, à minima, d’une structure comprenant, un nombre de salle égal au nombre de classes, d’un bureau pour la direction, d’une salle pour le secrétariat et les archives, d’une cour protégée, d’une infirmerie, d’une salle de motricité en maternelle, d’une BCD, d’une salle informatique, d’une salle polyvalente pour les regroupements, d’un préau pour regrouper les élèves ou pour qu’ils puissent jouer en cas d’intempéries, d’une salle de réunions, d’une salle spécifique pour le RASED, d’un portail dédié au personnel, d’un portail dédié aux élèves, des toilettes en quantité suffisante tant pour les élèves que pour les enseignants…

Face aux diverses consignes concernant la lutte contre le COVID dans les établissements, nous constatons que les locaux sont sources de difficultés pour l’application des consignes sanitaires et de sécurité.

Améliorer, rénover, renforcer l’équipement des écoles est aussi nécessaire et cela passe par un soutien de l’Etat pour aider les communes et favoriser l’équité entre les établissements.

La CFTC-EPR est porteuse d’un projet vecteur de réussite pour une meilleure prise en considération des écoles : la création d’un statut de l’école primaire, dans lequel on pourra retrouver la gestion de l’école par un CA décisionnaire composé de représentants des parents, des enseignants, des partenaires telle la municipalité, les représentants de l’Etat… Le directeur d’école aurait ainsi toute sa place pour mener à bien les missions de l’école et garantir une équité des apprentissages sur le territoire français.

Maintenons les programmes actuels de la maternelles…

Une note d’analyse et de propositions du Conseil Supérieur des Programmes est sortie mi-décembre sur le programme d’enseignement de l’école maternelle.

Les programmes actuels qui datent de 2015 avaient reçu en majeure partie un accueil favorable de la communauté éducative.

Ces programmes ont l’avantage de fixer un équilibre entre les missions historiquement assignées à l’école maternelle.

Or cette note d’analyse définit un recadrage important de l’école maternelle : elle doit devenir « l’école des fondamentaux » et surtout permettre « une rentrée réussie au CP » en les préparant aux évaluations d’entrée à l’école élémentaire.

Dans cette note seuls le français, les maths et les sciences apparaissent. Plus rien n’est dit sur le domaine artistique et sur l’activité physique …

« Il ne faudrait pas que les élèves de maternelle perdent leur temps » comme le dit si bien madame Sylvie Plane, Professeure émérite de sciences du langage à l’Université de la Sorbonne.

On peut parler « d’obsession de la mesure et des tests » : on incite à mesurer les compétences des enfants dès l’âge de 3 ans !

Mais ce n’est pas cette maternelle là que nous voulons, Monsieur le Ministre ! Gardons les programmes de 2015 tels qu’ils sont écrits qui permettent un épanouissement de l’enfant tout en apprenant et en se socialisant.

Ce sont ça les fondamentaux ! Ne vous trompez pas d’objectif !

C’est pourquoi lors du dernier Conseil Supérieur de l’Education, la CFTC-EPR a émis le souhait que soient gardés les programmes actuels de l’école maternelle.

Comment revaloriser le métier d’enseignant ?

La revalorisation du métier d’enseignant est un vieux serpent de mer, jamais réellement résolu par les nombreux ministres de l’Education nationale qui se sont succédé depuis des années.

Cette revalorisation ne passe pas simplement par l’aspect financier même si un plan pluriannuel sera indispensable pour rattraper les quelques 20 à  30% de perte de pouvoir d’achat des enseignants depuis les années 1980.

Cette revalorisation suppose une vision globale de ce métier.

En premier lieu, il faudra réaffirmer la question du statut d’enseignant créé dans les années 1950. Ce statut permet de donner une autonomie aux enseignants dans leur travail. Cette autonomie, qui ne cesse d’être limitée depuis plus d’une dizaine d’années, est un facteur d’attractivité de ce métier. Les enseignants veulent rester des concepteurs de leur métier et non devenir de simples exécutants d’une pensée ministérielle.

Deuxièmement, si autonomie des établissements il doit y avoir, elle ne doit s’inscrire qu’en termes pédagogiques, en faisant du conseil pédagogique, une instance décisionnelle. Une co-construction réelle entre les personnels d’encadrement et les personnels enseignants du projet pédagogique permettra à chacun d’y apporter son regard professionnel dans le but de faire réussir nos élèves. Des moyens supplémentaires dans la DHG devront être donnés suivant les projets de l’établissement (co-enseignement, dédoublement de classes, orientation développée…).

Troisièmement, il faudra renforcer les moyens de formation continue des personnels qui sont très disparates d’une région à l’autre. Nombre de formations se font encore dans la capitale de région et une certaine délocalisation serait la bienvenue notamment dans des régions géographiquement très vastes. Un besoin de formation à renforcer également pour les collègues qui souhaiteraient une reconversion de carrière.

Pour la CFTC-EPR, il est nécessaire de recréer de l’attractivité pour nos métiers de l’enseignement.

La CFTC-EPR reste disponible pour débattre de ses propositions, faire avancer la réflexion et la rendre réalisable sur le terrain.